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31 Juillet 2008 Shanda NTONME - Le messager
Tenir Damas c'est tenir à la fois une partie du monde arabe et une partie des secrets de tous les drames et de toutes les combines de la bande géopolitique qui s'étale des rives de la Méditerranée en Afrique du Nord jusqu'aux confins des zones d'influences perses que balaie le détroit d'Ormuz. C'est la première chose à comprendre et à impliquer dans tout calcul face à Damas. Comment se demande-t-on en Syrie, les américains et les français peuvent-ils nous chasser du Liban comme des malpropres alors même que nous sommes chez nous là-bas ? Avec un tel réalisme, il n'y avait que les imbéciles pour donner quelques crédits aux dénégations de Damas concernant la responsabilité de ses services spéciaux dans l'assassinat de l'ancien Premier ministre Rafik Hariri. Même la commission d'enquête internationale crée par une résolution du Conseil de sécurité à l'initiative de la France soutenue par Washington n'aura été que du temps et de l'argent gaspillés. Est-ce une surprise si le mouvement Hezbollah libanais est devenu pratiquement un Etat dans l'Etat après le retrait des troupes syriennes du Liban, au point de défier Israël dans une guerre certes courte mais qui a fait date ? Le Hezbollah n'est rien d'autre que Damas sous d'autres formes.
Nous retrouvons ici un vrai paradoxe, celui d'un Etat qui a complètement étouffé le fondamentalisme islamiste chez lui, mais qui est passé champion dans l'art de le manipuler à l'extérieur pour en faire un outil de guerre et de chantage géopolitique. C'est justement parce que les Occidentaux connaissent depuis belle lurette la capacité de Damas à contrôler et à manipuler les groupuscules et mouvements extrémistes, qu'ils fondaient des espoirs de changement sur la mort du père. Pendant longtemps c'est bien à Damas et non au Caire, à Ryad ou à Bagdad que les dirigeants palestiniens les plus durs étaient réfugiés.
Le décor est donc évident et les éléments pour l'élaboration des termes de référence acceptables pour des solutions globales dans la sous-région on ne peut plus clairs. Il faut absolument montrer du respect pour l'Iran et la Syrie et les intégrer dans une planification géopolitique globale. C'est sans aucun doute pour avoir compris ou commencé à comprendre, que des négociations plus ou moins secrètes se multiplient, mettant aux prises des plénipotentiaires anonymes aussi bien de Washington que de l'Etat hébreux. La réception de Bachar El Assad à Paris par Sarkozy ne devrait tromper personne. Le président français travaille de fait pour le compte et à la demande de Washington. C'est encore pour tout cela ou à cause de tout cela, qu'Israël a fait connaître clairement sa volonté de restituer le plateau du Golan contre un accord de paix et de non-agression.
Le dossier iranien n'est pas en reste. Téhéran sait que le moment est en train d'arriver où, il faudra bien lui faire la cour. Ici c'est certainement par le truchement de Moscou, très engagé dans des contrats de fourniture de matériels pour la construction de la première centrale nucléaire iranienne, que les Etats-Unis travaillent à donner quelques assurances et à obtenir un accord sur les points qui fâchent. Ce qui est sûr dorénavant, c'est que l'équation centrale est prise en considération, après que l'on ait feint de l'ignorer, et les Etats-Unis aient perdu beaucoup de temps, d'énergie et d'argent dans des inutilités sans déterminisme réellement géostratégique. Le relatif échec de la redoutable armée israélienne dans sa guerre de trente jours contre le Hezbollah au sud Liban, a beaucoup contribué à ce retournement pragmatique.
Après avoir pendant longtemps misé sur deux pôles constitués l'un par l'Egypte et l'autre par l'Arabie Saoudite pour contrôler et gérer le monde arabe, les Etats-Unis découvrent les limites de cette orientation ruinée et dépassée par le relatif désordre fondamentaliste. Ces deux pays ont en effet toujours joué le rôle d'allié objectif de l'Etat d'Israël à partir du moment où les accords de Camp David signés en 1979 par le président Anouar El-Sadate et le Premier ministre Begin, ont crée un axe géopolitique unique dans la région en neutralisant les extrémistes par un affaiblissement du front du refus. Les chiffres les plus connus montrent qu'en vingt ans, l'Egypte a reçu comme récompense de cet alignement, une moyenne de cinq milliards de dollars d'aide par an dont trois en soutien budgétaire direct et deux en équipements militaires. Il est important de souligner que Le Caire n'a pas pu accepter de telles gratifications, sans conseiller à Washington, de faire pression sur Ryad afin que les monarques noyautent à leur tour les mouvements anti-israéliens anti-occidentaux les plus radicaux.
En tout état de cause, la réorientation de la stratégie américaine pour prendre en compte les exigences iraniennes et syriennes, aura un prix, et il n'y a aucun moyen de penser autrement et de faire autrement que de dépenser encore plus de milliards de dollars, mais cette fois, en affichant une certaine humilité. Téhéran n'est ni pauvre, ni à court d'arguments comme le montre si bien ses menaces répétées d'obstruer le détroit très stratégique d'Ormuz par où transitent plus du tiers du brut destiné aux Occidentaux et que surveille en permanence la VIème flotte américaine.
Cependant, avec un président en fin de mandat qui n'a plus rien à craindre au plan politique interne ni à redouter au plan diplomatique, une action militaire pourrait être dans l'ordre des choses, si Téhéran en lieu et place d'une soumission aux bons offices, maintien le cap de coups d'éclats notamment avec les tests de nouveaux systèmes de milles de longue portée capables d'atteindre Israël. Il convient d'ailleurs à ce propos de rappeler que le président iranien a plusieurs fois déclaré qu'Israël devrait être rayé de la carte du monde. Il va donc sans dire que l'Etat hébreu n'aurait aucune peine à justifier une attaque préventive contre les installations militaires iraniennes. Dans une telle hypothèse, Washington ferait d'une pierre trois coups. Premièrement, au plan interne, sa côte de popularité pourrait être rehaussée avant la fin de son mandat, et constituerait un incontestable coup de pouce pour le candidat républicain John McCain toujours malmené dans les sondages par Barack Obama le démocrate. Deuxièmement, la Syrie et l'Iran recevrait un message ferme qui calmerait pour longtemps leurs fantaisies interventionnistes et leurs soutiens aux groupuscules nuisibles. Troisièmement enfin, le Hezbollah au Liban et le Hamas à Gaza, recevraient par le désastre iranien interposé, une gifle douloureuse.
Il n'est pas vain de rappeler que c'est pour avoir déclaré que les Juifs seraient jetés à la mer, que les armées arabes sous la conduite de Nasser, furent écrasées en six jours en 1967, avec les conséquences que l'on sait et qui perdurent, notamment l'annexion du Golan, de la Cisjordanie, d'une partie de Jérusalem, sans parler des positions égyptiennes. De même, c'est parce qu'il croyait fermement à ses fameux missiles obsolètes livrés par la Corée du Nord que Saddam Hussein s'entêtât à défier les occidentaux dans les deux guerres du Golfe. Le résultat pour lui, tout le monde le sait.
Notre analyse ne peut donc pas se conclure sans indiquer toutes les appréhensions qui se font plus pressantes de jour en jour, sur la répétition de l'histoire. L'Iran n'est plus loin du sort de Nasser et de Saddam, si des négociations sérieuses ne sont pas vite engagées par des voies diplomatiques actives et efficaces. De telles négociations s'imposent avec d'autant plus d'urgence que ni Moscou, ni Pékin, ne lèverait le petit doigt pour atténuer les peines et la punition en cas de frappes américano-israéliennes. Ce ne sont ni les pays arabes d'Afrique du Nord, ni les monarchies du Golfe qui protesteraient non plus, Téhéran et surtout son Président étant depuis perçu comme une menace objective pour eux aussi.
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